Boissons énergisantes : l’avis des pharmacien(ne)s sur notre recommandation
Mercredi, nous avons recommandé le retrait des boissons énergisantes des commerces adjacents aux pharmacies. Cette prise de position a bénéficié d’une large couverture médiatique. Jean‑François Desgagné, président de l’Ordre, a accordé plusieurs entrevues afin d’expliquer les motivations qui sous-tendent cette recommandation.
Par l’entremise d’un bulletin envoyé aux pharmacien(ne)s, nous avons sollicité leur avis sur cette prise de position. Au total, 190 pharmacien(ne)s ont répondu, et 82 % d’entre eux se disent en accord avec notre recommandation.
Une sélection de commentaires, reflétant la diversité des points de vue exprimés, est publiée dans cette actualité.
« Je pense que le problème est plutôt la surutilisation des stimulants du système nerveux central chez la population en général, pour souvent des indications qui n’en sont pas (amélioration de la performance sans TDAH). »
« Mesure de protection du public qui envoie un message clair, bravo! »
« Les jeunes ne sont pas sensibilisés assez aux risques et plusieurs les surconsomment surtout durant des périodes d’études et d’examen. Il est impératif d’agir rapidement. »
« Je comprends la préoccupation derrière la recommandation de l’Ordre, mais le raisonnement présenté ne tient pas la route. L’argument est essentiellement le suivant : on prescrit des psychostimulants à des jeunes, donc il serait incohérent de vendre à côté un produit qui interagit avec cette médication. Soit. Mais alors, appliquons cette logique jusqu’au bout. Dans nos pharmacies, on délivre chaque jour des médicaments pour le diabète, l’hypertension, la dyslipidémie, l’insuffisance cardiaque, l’obésité. Et juste à côté, on vend des chips, des bonbons, des liqueurs, des barres chocolatées, des produits ultra-transformés. À ma connaissance, ces produits sont associés à infiniment plus de morbidité et de mortalité — par maladies chroniques évitables — que les quelques cas isolés et tragiques rattachés aux boissons énergisantes. (…) Le rôle du pharmacien est d’informer, de conseiller, de signaler les interactions — exactement ce que prévoit déjà le document de sensibilisation annoncé par l’Ordre. C’est cette voie-là qui est cohérente avec notre mission, et non le retrait ciblé d’un seul produit pendant qu’on en laisse passer cent autres au moins aussi problématiques sur le plan populationnel. »
« Nous avons déjà pris les devants la semaine dernière et nous avons retiré les produits de nos tablettes dans nos 3 pharmacies. »
« (…) J’ai remarqué que plusieurs jeunes consomment des suppléments en gélatine contenant de la caféine ou des gels contenant de la caféine à plusieurs reprises (…). Je pense qu’il n’y a pas assez de sensibilisation à ce sujet, les gens ne se rendent pas compte de l’impact potentiel chez les jeunes. Également, il y a multiplication sur les réseaux sociaux de compagnies qui font la promotion de suppléments contenant de la caféine et de guarana via des personnes non formées (…). Je suis d’avis qu’il faudrait profiter de l’engouement actuel pour faire de la sensibilisation. »
« La vente des boissons énergisantes ainsi que les boissons gazeuses (qui contiennent aussi de la caféine) n’a pas sa place en pharmacie. »
« Je suis en désaccord avec la recommandation visant le retrait complet des boissons énergisantes des commerces adjacents aux pharmacies. Je reconnais toutefois pleinement les préoccupations soulevées concernant les risques potentiels pour la santé, particulièrement chez les jeunes et dans un contexte d’interactions médicamenteuses, notamment avec les psychostimulants. À mon avis, la meilleure approche demeure un encadrement rigoureux de la vente plutôt qu’un retrait complet du marché adjacent aux pharmacies. (…). Retirer ces produits des commerces adjacents aux pharmacies ne ferait probablement que déplacer les achats vers d’autres points de vente, sans réel contrôle professionnel ni intervention préventive. (…). »
« Je suis pharmacienne, j’ai moi-même des adolescents et je constate que c’est un fléau. Les adolescents sont bien au fait des dangers mais ils continuent à en consommer pour le goût qu’ils ne retrouvent pas dans des boissons moins dommageables pour la santé. »
« Vous devriez étendre cette recommandation aux sodas sucrés aussi. »
« La banalisation des risques de façon générale et plus particulièrement concernant les boissons énergisantes, qui résulte entre autres de la publicité, notamment sur les réseaux sociaux par certains influenceurs, devrait aussi être contrée. Elle pourrait être contrée par une promotion de comment être « full énergique » sans risque. Merci! »