L’organisation des soins préhospitaliers d’urgence repose sur un cadre juridique précis visant à assurer une intervention rapide et sécuritaire auprès des personnes dont la vie ou l’intégrité est menacée. Dans ce contexte, le pharmacien joue un rôle particulier, à l’interface entre l’accès aux médicaments essentiels et l’encadrement professionnel de leur utilisation, sans pour autant se substituer aux services d’urgence.
Cadre général des soins préhospitaliers d’urgence
Le Règlement sur les activités professionnelles pouvant être exercées dans le cadre des services et soins préhospitaliers d’urgence prévoit, en l’absence d’un premier répondant1 ou d’un technicien ambulancier certaines situations dans lesquelles des personnes autres que des professionnels de la santé peuvent intervenir, par exemple :
- Toute personne peut administrer de l’adrénaline lors d’une réaction allergique sévère de type anaphylactique à l’aide d’un dispositif d’auto-administration.
- Toute personne peut aussi administrer de la naloxone, par voie intranasale ou intramusculaire, à une personne présentant une dépression respiratoire et une altération importante du niveau de conscience secondaires à l’administration d’opioïdes.
- On autorise aussi à toute personne ayant suivi une formation sur l’administration de glucagon, donnée par un médecin ou une infirmière, d’administrer du glucagon à une personne en état d’hypoglycémie qui est inconsciente, en convulsion, incapable d’avaler ou confuse.
Ces dispositions permettent une intervention rapide en situation critique, tout en distinguant ces gestes d’urgence du champ normal de la pratique clinique.
Fourniture d’adrénaline en dispositif d’auto-administration par le pharmacien
Nous avons déjà précisé les conditions2 dans lesquelles un pharmacien peut vendre un médicament tel que l’adrénaline en dispositif d’auto-administration.
Celle-ci peut être vendue à une personne physique pour usage personnel ou lorsqu’elle est destinée à être utilisée au sein d’une organisation afin de permettre le respect de l’obligation de porter secours à une personne dont la vie est en péril.
Il est de la responsabilité des personnes qui sont susceptibles d’avoir à porter secours de prendre les mesures appropriées afin de se procurer à l’avance ce médicament lorsque son usage est requis de manière urgente.
Toutefois, cette fourniture ne dispense pas le pharmacien de certaines obligations professionnelles. Il doit notamment s’assurer que le médicament fourni est approprié pour la personne à qui il est éventuellement destiné, notamment au niveau de la forme de la dose efficace.
Dans les situations où un tel médicament est fourni à une personne physique pour usage dans une organisation, le pharmacien doit inscrire clairement au dossier que le produit n’est pas destiné à un usage personnel. Cette personne doit confirmer avec le pharmacien que des procédures d’utilisation sont en place, incluant la formation des personnes susceptibles d’utiliser le dispositif.
Ce rôle du pharmacien est donc avant tout un rôle d’encadrement, de vigilance et de traçabilité, plutôt qu’un rôle d’intervention clinique directe.
Distinction essentielle : la pharmacie n’est pas un point de service d’urgence
Malgré l’accessibilité des pharmacies communautaires une pharmacie ne constitue pas un point de service d’urgence.
Une pharmacie communautaire ne dispose ni de l’infrastructure, ni du mandat légal, ni des ressources humaines nécessaires pour offrir des soins d’urgence comparables à ceux des services préhospitaliers ou hospitaliers.
L’intervention d’urgence demeure la responsabilité des services désignés, et l’appel au 911 doit rester la réponse réflexe lors de toute situation mettant la vie en danger.
Conclusion
En matière de soins préhospitaliers d’urgence, le pharmacien occupe une position complémentaire mais essentielle. Par la distribution encadrée de certains médicaments d’urgence, comme l’adrénaline en auto-administration, il contribue à la protection du public tout en respectant un cadre juridique strict. Cette contribution ne transforme toutefois pas la pharmacie en lieu de soins d’urgence. Elle s’inscrit plutôt dans une logique de responsabilisation collective, où chaque acteur intervient selon ses compétences et ses obligations, au bénéfice ultime de la sécurité et de la santé de la population.
[1] Premier répondant | Gouvernement du Québec
[2] Ordre des pharmaciens, Bulletin d’information professionnelle no.167, 2012, p.7