Les thérapies anticancéreuses orales : une révolution en oncologie

Pharmacienne clinicienne, professeure retraitée et ancienne doyenne de la Faculté de pharmacie de l’Université Laval, Anne Dionne s’est consacrée pendant près de 40 ans à la recherche, à l’enseignement et au développement de la profession pharmaceutique. Première femme québécoise à obtenir la certification en oncologie du Board of Pharmaceutical Specialties, elle a été à la fois témoin et actrice d’importantes avancées en oncologie. Parmi celles-ci, l’arrivée des thérapies anticancéreuses orales a profondément transformé la prise en charge du cancer, rendant possible, un traitement à domicile. Forte de son expertise, elle nous a éclairé sur ces traitements et les enjeux qui les accompagnent. 

Les thérapies anticancéreuses orales regroupent des médicaments administrés par voie orale, sous forme de comprimés ou de capsules. Si certaines chimiothérapies orales dites « conventionnelles » existent depuis longtemps, les thérapies orales font aujourd’hui principalement référence aux thérapies ciblées, issues des avancées majeures en biologie moléculaire. Contrairement aux chimiothérapies traditionnelles, qui agissent à la fois sur les cellules cancéreuses et certaines cellules saines à division rapide, les thérapies ciblées visent des anomalies moléculaires précises. Cette approche permet alors, dans plusieurs cas, d’améliorer l’efficacité des traitements et de modifier le pronostic de certains cancers. 

Leur efficacité est bien établie dans les traitements de plusieurs types de cancer où les options thérapeutiques étaient auparavant limitées, notamment le mélanome, le cancer du poumon, du rein et certains types de cancer du sein. Ils peuvent être utilisés à différents stades de la maladie, tant en situation avancée qu’à des phases plus précoces, afin de réduire les risques de récidive et d’améliorer l’espérance de vie. Pour en maximiser les bénéfices, ils sont parfois combinés à d’autres approches thérapeutiques, comme les traitements antihormonaux. 

Recevoir un traitement anticancéreux oral à domicile procure aux patients une plus grande autonomie et une flexibilité appréciable, tout en limitant les déplacements fréquents à l’hôpital. Cette autonomie ne signifie toutefois pas être laissé à soi-même, puisqu’elle s’accompagne d’un encadrement rigoureux. Les patients sont informés, entre autres, des modalités de leur traitement, des effets indésirables possibles et des signes nécessitant une consultation rapide. Des outils comme des feuillets explicatifs, des journaux de bord, des suivis téléphoniques ou encore des plateformes numériques permettent de les soutenir tout au long de leur traitement et de maintenir un lien constant avec l’équipe soignante. 

Cette prise en charge repose sur une collaboration étroite entre les différents professionnels de la santé, de même que sur l’implication de l’entourage des patients, qui travaillent de concert pour assurer un suivi cohérent et sécuritaire. Dans ce contexte, le pharmacien joue un rôle central : il favorise une bonne adhésion au traitement, détecte et gère les effets indésirables, vérifie les interactions médicamenteuses et assure un suivi lors des renouvellements, entre autres. Par sa proximité avec les patients et sa disponibilité, il constitue un point de repère essentiel tout au long du parcours de soins. 

Au Québec comme ailleurs, les thérapies anticancéreuses orales se multiplient. De nouvelles molécules sont régulièrement mises sur le marché et certaines, initialement réservées aux stades avancés de la maladie, sont désormais utilisées plus tôt grâce aux résultats probants des études cliniques. Même si ces avancées ne changent pas la réalité du diagnostic, qui demeure un choc majeur pour les patients et leurs proches, elles permettent cependant d’envisager la maladie avec davantage d’espoir, de possibilités et d’accompagnement. Une évolution majeure, à la fois scientifique et profondément humaine.