La prévention : un projet de société où les pharmacien(ne)s ont leur place
Le gouvernement du Québec a lancé le 11 mai dernier son Plan d’action gouvernemental 2026-2031 de la Stratégie nationale de prévention en santé. En tant que président de l’Ordre des pharmaciens, je tenais à vous en parler directement, parce que ce plan nous concerne et nous interpelle.
Ce qui me réjouit d’abord, c’est la cohérence et l’ambition de la démarche. Le gouvernement s’est doté d’une stratégie articulée autour de quatre grandes orientations : réduire le fardeau des maladies évitables, s’engager pour des générations en santé, préserver des milieux de vie sains et durables, et faire de la prévention un véritable projet de société. Le plan d’action traduit ces orientations en 54 mesures concrètes, avec des cibles mesurables d’ici 2035, notamment réduire de 10 % la croissance du fardeau des maladies évitables et diminuer de 10 % l’écart de mortalité prématurée lié aux inégalités socioéconomiques. C’est ambitieux, et c’est encourageant.
Derrière ces chiffres, il y a une conviction que nous partageons pleinement : miser sur la prévention, c’est gagnant pour tout le monde. Pour les patient(e)s, qui vivent en meilleure santé. Pour la société, parce que prévenir coûte infiniment moins cher que traiter. Et pour notre système de santé, qui pourra concentrer ses ressources là où les besoins sont les plus grands.
Vous, pharmacien(ne)s, contribuez déjà à cet effort collectif chaque jour. La vaccination, le soutien à la cessation tabagique, le suivi des maladies chroniques : votre rôle en prévention est concret, ancré dans les communautés, au plus près des gens.
Mais je crois que nous pouvons aller encore plus loin, notamment sur une question que ce plan nous invite indirectement à poser : celle du bon usage des médicaments. En tant que professionnel(le)s responsables de l’usage approprié des médicaments, les pharmacien(ne)s sont bien placé(e)s pour accompagner leurs patient(e)s dans une réflexion que l’on aborde trop peu souvent : suis-je satisfait(e) de mon état de santé? Les médicaments sont-ils la meilleure solution à mon problème? Est-ce que je prends les bons médicaments? Sont-ils encore nécessaires? Suis-je à l’aise avec mon traitement?
Ce cheminement, que l’on appelle la déprescription, n’est pas une remise en question du travail des professionnel(le)s de la santé. C’est un acte de soin, posé sans jugement, dans l’intérêt de nos patient(e)s. C’est surtout une avenue prometteuse pour améliorer leur qualité de vie et réduire les effets indésirables liés à la polymédication. Vous êtes bien positionné(e)s pour jouer ce rôle, en collaboration avec les autres professionnel(le)s de la santé. Les données démontrent d’ailleurs que les pharmacien(ne)s ayant un droit de prescrire autonome ont davantage tendance à déprescrire qu’à ajouter de nouvelles molécules au traitement de leurs patient(e)s.
L’Ordre des pharmaciens s’engage à être un partenaire actif dans la mise en œuvre de cette stratégie. Parce que bâtir un Québec en meilleure santé, c’est notre mission à nous aussi.
Jean-François Desgagné
Président